L’humanitaire sous l’emprise du néolibéralisme

Depuis les années 1980 et l’avènement du sans-frontiérisme, l’humanitaire s’est peu à peu laissé conquérir par la rationalité néolibérale. Ses missions reposent sur des principes nobles, mais présumés intangibles et nourris de représentations occidentales, qui ont fini par devenir un facteur d’inertie. Malgré une histoire associée aux droits de l’homme et à la démocratie, l’humanitaire, tel qu’il est pensé aujourd’hui, décontextualise les situations de souffrances, désactive la condition politique des personnes concernées et renonce à envisager la transformation sociale. Son glissement vers un humanitarisme néolibéral satisfait de lui-même, résultat d’une absence de regard critique sur sa propre doctrine, le rend toujours plus impuissant face à un système que rien ne semble pouvoir arrêter.

Il devient urgent qu’émerge un nouveau paradigme combatif, radical, reconnaissant la valeur sociale et la politicité des populations touchées. Il est indispensable de repenser un humanitaire en synergie avec les mouvements sociaux et indigènes afin de contribuer à revitaliser la notion de progrès dans une logique d’émancipation, de justice sociale et du commun. Encourager l’humanitaire à entreprendre cette remise en question tout en sensibilisant le public à ces enjeux, telle est l’ambition de cet essai.